Devenez membre
Devenez membre
Archives

textes

La solution ne passe plus par le PQ

Paru sur Vigile le 6 février 2008

Réponse à Gilbert Paquette et à quelques autres

La méthode pour accéder à l’indépendance fait ces temps-ci l’objet de propositions sur la place publique. Ces propositions ont ceci en commun que, faites en dehors du Parti québécois, elles restent encore inscrites dans l’orbite péquiste. D’où la pénible impression de déjà-vu qui s’en dégage et leur effet déprimant sur les centaines de milliers d’indépendantistes incapables de croire encore au PQ, qui ont compris que la « souveraineté » n’est plus dans ce parti qu’une grosse hypocrisie et qui refusent le jeu de dupes auquel il les soumet d’élection en élection.

Les propositions de Gérald Larose (gouvernance souverainiste), de Denis Monière (référendum « classique »), du SPQ-libre (référendum d’initiative populaire) et maintenant de Gilbert Paquette, bien qu’elles comportent des critiques fortes et méritées à l’endroit du PQ et même des éléments positifs incontournables, restent néanmoins autant d’appels lancés à ce parti pour qu’il s’amende et remette l’indépendance à l’ordre du jour. Le PQ a beau montrer tous les signes d’une renonciation à l’indépendance, on persiste à l’interpeller comme s’il n’y avait de solution que par lui et qu’il demeurait à jamais le maître des clefs. (Quand au « pacte électoral » de Claude Bariteau, qui veut ériger plutôt le RIQ en maître des clefs, j’en ai montré ailleurs les défauts : « Les élections et l’indépendance », Vigile, 17 novembre 2007.) Ce péquisme critique, c’est encore du péquisme. Malgré ses montées de lait, il considère le PQ comme étant le parti de référence. L’horizon s’éclaircit au contraire dès qu’on sort de ce champ gravitationnel et qu’on reconnaît que le mouvement indépendantiste réel est d’ores et déjà en train de s’organiser en dehors du PQ.

Aussi longtemps que la discussion sur la stratégie indépendantiste gravite ainsi autour du PQ, elle est réduite à n’inventer que des demi-mesures ou des solutions défectueuses. La dernière suggestion en date, celle de Gilbert Paquette, ne fait pas exception : « Pour une élection sur les projets et les pouvoirs du Québec » (Vigile, 4 février 2008). Il s’agit hélas d’un couplet de plus dans la même supplique adressée au PQ pour qu’il se ressaisisse. Et ce couplet est entaché de contradictions majeures.

Comme les autres, il refuse de reconnaître l’idée décisive qui est que l’indépendance se déclare, elle ne se négocie pas, ni ne se rapatrie. À moins de parler pour ne rien dire ou pour tromper les gens, faire de la politique indépendantiste veut dire faire élire des hommes et des femmes qui déclareront l’indépendance de l’État québécois une fois à l’Assemblée nationale et qui gouverneront sans attendre en fonction effectivement des grands enjeux nationaux (Québec français ; intégration des immigrants ; contrôle national des ressources naturelles ; investissement massif dans le savoir ; etc.).

Avec raison, Paquette reproche à la « démarche souverainiste » son « absence de détermination » et il veut qu’elle « congédie l’étapisme référendaire à la Claude Morin ou nouvelle vague ». À la place, il propose ceci : « avoir le courage de mettre des enjeux nationaux qui nécessitent un rapatriement des pouvoirs d’Ottawa au cœur de la prochaine élection et de toutes celles qui suivront ».

« Rapatrier les pouvoirs », vraiment ? On est là en pleine logique de négociation avec Ottawa, de « quémandage », attitude que dénonce par ailleurs Paquette avec raison. Augmentons seulement notre pouvoir de négociation auprès d’Ottawa en osant « mettre des enjeux nationaux […] au cœur de la prochaine élection et de toutes celles qui suivront ». On a déjà joué dans ce film, non ? Ce n’est pas parce qu’on change le référendum par des élections qu’on échappe à l’étapisme.

Claude Morin, artisan de la stratégie étapiste, voulait lui aussi qu’on aille chercher morceaux par morceaux auprès d’Ottawa des « souverainetés » partielles : en matière sociale d’abord, culturelle ensuite, économique enfin. Le mot « étapisme » vient de là, d’où l’idée de négociations sectorielles avec Ottawa et de référendum pour augmenter notre bargaining power. Tout cela se tient. La définition de l’indépendance comme « pouvoirs rapatriés » est foncièrement étapiste, même si le vice-président des Intellectuels pour la souveraineté s’en défend.

Entre des souverainetés et la souveraineté, il n’y a pas continuité. Il y a une différence de nature entre les deux, la même qui distingue justement province fédérée et État indépendant. Le fait, pour un État fédéral, de céder des compétences à une province ne fait jamais de cette dernière un État indépendant — pas plus qu’on fait d’une minorité nationale un État-nation en la tolérant davantage. Demander des souverainetés supplémentaires à l’État fédéral n’est pas un « geste de souveraineté », c’est au contraire un geste d’allégeance à la souveraineté de cet État et le refus d’exercer la sienne propre. La preuve est que ces souverainetés partielles consenties aujourd’hui, l’État canadien resterait libre de les reprendre demain sans émouvoir en rien le droit international.

Ce saucissonnage se confirme quand Paquette parlent d’élections multiples sur les pouvoirs du Québec. Après avoir dit qu’il faut « mettre les enjeux nationaux du Québec au cœur de la prochaine élection », il ajoute « et de toutes celles qui suivront » ! Une élection sur les pouvoirs fiscaux, disons, une suivante sur le contrôle des télécommunications, puis sur ceci, sur cela... On a eu la thèse des référendums sectoriels, on a maintenant celle des élections sectorielles.

Qu’en est-il, non des pouvoirs, mais du pouvoir ? Puisqu’il s’agit en effet de « mettre des enjeux nationaux au cœur de l’élection », primo, pourquoi ne pas y mettre l’enjeu national prééminent, celui du pouvoir souverain lui-même ? Pourquoi écarter toujours cet enjeu-là de l’élection ? Sans doute parce qu’on s’enferme dans une vision provincialiste où le Canada figure le dispensateur de tous les pouvoirs. Cela ne peut pas être de l’indépendantisme, car l’idée d’indépendance porte l’idée qu’on n’a de permission à demander à personne.

Secundo, que peut vouloir dire mettre l’indépendance « au cœur de l’élection » si ce n’est présenter aux Québécois des candidats à élire qui feront l’indépendance une fois au gouvernement ? Dans une élection réelle, les citoyens élisent des candidats, pas des idées (sinon indirectement bien sûr). Sur le bulletin de vote, aucune idée n’apparaît (ni pouvoirs sectoriels, ni enjeux nationaux) : que des noms vis-à-vis desquels l’électeur coche son choix. L’essence des élections en démocratie représentative est de déterminer les gens à qui l’on confie le pouvoir de décider. Du coup, faire une élection sur l’indépendance ne peut vouloir dire autre chose que de proposer aux électeurs des candidats qui déclareront l’indépendance une fois élus ? Sinon, ce n’est tout simplement pas vrai qu’on propose l’indépendance aux électeurs.

Cette déclaration d’indépendance est l’acte législatif décisif, sine qua non, l’acte même d’indépendance. Sur le plan international, par exemple, les autres nations n’auraient sinon rien à reconnaître du tout. Le mutisme qu’observent là-dessus les participants au débat est symptomatique de leur péquisme malgré tout. Depuis plus de trente ans, le PQ endort plutôt avec des formules creuses du genre : « enclencher le processus devant mener à la souveraineté » et autres langueurs monotones.

Richard Gervais





© Parti Indépendantiste, 2007-2008.