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Le choix électoral de l'indépendance

Paru sur Vigile le 31 août 2007

Le choix électoral de l'indépendance. Voilà ce qu'il faut donner aux Québécois.

À l'heure actuelle, l'absence de ce choix véritable brouille l'échiquier électoral, facilite les interprétations tordues et alimente le cynisme. Le vote national se trouve soumis aux séductions soit d'indépendantistes prétendus ou honteux (Parti québécois et Québec Solidaire), soit d'autonomistes inconséquents (Action démocratique du Québec), quand il ne décroche pas dans l'écologisme apolitique ou l'abstentionnisme.

Un sondage rendu public avant-hier permet de le constater encore. Selon ce sondage CROP-La Presse, l'indépendance remonte dans la faveur populaire. La journaliste, qui résume les résultats, écrit : « Pauline Marois ferait le meilleur premier ministre, le Parti québécois est en avance, le Bloc reprend aussi de la vigueur, même l’idée de la souveraineté gagne en popularité. Tout semble indiquer que l’option péquiste-souverainiste regagne du terrain au Québec ». Le PQ devancerait maintenant ses principaux adversaires en recueillant l'appui de 33 % des électeurs, contre 29 % pour l'ADQ et 27 % pour le PLQ. (Malorie Beauchemin, « Embellie estivale pour les souverainistes », La Presse, 29 août 2007.)

Le même sondage révèle que l'idée d'indépendance gagne sept points de popularité, ce qui, d'après le sondeur, est un « très bon signe » pour les partisans de la souveraineté. Or ceci explique cela (nonobstant, bien sûr, d'autres facteurs ponctuels).

Dans l'esprit du public, le PQ est encore associé à la souveraineté davantage que tout autre parti, même s'il a mis l'idée sur la glace. Ainsi, quand ils penchent vers la souveraineté, les sondés auront tendance à favoriser le PQ. Mais supposons un instant que le vrai choix électoral de l'indépendance soit offert aux citoyens. Supposons, autrement dit, l'existence d'un parti qui, loin de mettre la souveraineté sur la glace, propose de la réaliser une fois élu et qui présente des candidats dans les 125 circonscriptions. On verrait vite fondre alors ces appuis au PQ, en raison de son souverainisme à reculons, au profit du parti en question. La journaliste a tort de parler sans plus de l'option « péquiste-souverainiste » comme si les deux choses n'en faisaient qu'une. Ce n'est plus vrai aujourd'hui. Il reste que les citoyens se prononcent en fonction des choix électoraux qu'on leur présente et tant que l'indépendance sera absente de ces choix, la confusion persistera. Étant donné que, de sondage en sondage, entre 40 et 50 % de l'électorat favorise l'indépendance, il va de soi que ce non-choix électoral nuit à l'expression claire de la volonté populaire et qu'il facilite la vie aux séducteurs de peuple.

Qu'est-ce qu'un parti indépendantiste ?

Dans notre régime politique, le pouvoir s'acquiert par les élections et s'exerce par le parlement. Par conséquent, un parti indépendantiste est un parti qui se fait élire pour réaliser l'indépendance et qui gouverne en conséquence, en fonction des priorités de la nation ou du nouvel État. De ce point de vue, qui est celui, concret, de l'action et des moyens effectifs, il est bien évident que l'indépendantisme du PQ est devenu infinitésimal et, à vrai dire, trompeur. Il n'avance aucun plan d'action en vue de la souveraineté, n'entrevoit pas faire campagne là-dessus, ni même sur les vraies priorités nationales comme la question de l'intégration des immigrants et celle du français comme langue commune.

L'idée de souveraineté traîne bien quelque part dans le programme péquiste, mais plus pour faire semblant que pour la faire. L'« option » n'a pas pour lui de traduction dans la pratique réelle, notamment dans une éventuelle politique gouvernementale.

Pauline Marois ou le pays comme consolation

Le Parti québécois a commis bien des erreurs depuis sa naissance en 1968. Dans l'ordre des finalités (l'indépendance), il aura souvent rapetissé la visée d'un Québec souverain à celle d'un statut particulier ou d'une meilleure position dans la fédération canadienne (par exemple, le « beau risque » sous René Lévesque, l'« affirmationnisme » sous Pierre-Marc Johnson). Mais c'est dans l'ordre des moyens (la voie d'accession à l'indépendance, la stratégie) qu'il s'est fourvoyé et a fourvoyé la nation avec le plus de constance. Le PQ pouvait même maintenir la souveraineté comme objectif (toujours dans son programme encore aujourd'hui) tout en pratiquant un attentisme crasse sur les moyens. C'est comme ça surtout qu'il a rachevé son électorat (devenu abstentionniste, adéquiste, solidariste, verts ou autres).

Dégringolade à l'élection de 2003 avec Bernard Landry. Re-dégringolade à celle de 2007 avec André Boisclair, où il glisse au rang de troisième parti à l'Assemblée nationale. Et aujourd'hui, avec Pauline Marois, au lieu de corriger sa stratégie référendaire perdante, il la met indéfiniment en réserve et envoie promener la souveraineté quelque part dans l'orbite de Sirius. Que reste-t-il ? Il reste la consolation, sous la double forme de l'espérance désincarnée et de l'interrogation académique : le « rêve » du pays et le « pourquoi » du pays. Songerie compensatoire et jonglerie sans conséquence. Laissez reposer en paix les moyens de la souveraineté, exhorte sœur Pauline, et recueillez-vous plutôt sur ses raisons ! Le PQ ou la capitulation nationale comme catéchèse !

L'imposture péquiste dure parce que l'électeur n'a pas le choix. Dans l'isoloir, le choix de l'indépendance ne lui est pas offert et le rapprochement qu'il peut établir encore entre l'indépendance et le PQ est lié plus au passé qu'au présent. Elle se dissipera, cette imposture, quand un parti briguera les élections avec l'intention claire d'utiliser le gouvernement pour réaliser l'indépendance.

C'est ce choix électoral qu'est en train de construire le bien nommé Parti indépendantiste. Il ne s'agit pas d'enseigner aux Québécois le pourquoi de l'indépendance, mais de la leur offrir quand ils vont voter.

Richard Gervais





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